Le secteur biopharmaceutique reste le plus grand exportateur de Belgique, avec près de 216 millions d'euros de produits exportés quotidiennement. Cependant, l'export dans ce secteur a accusé un léger recul l'an passé. Ses exportations totales en 2024 étaient de 79 milliards d'euros, soit une baisse de 1,4% par rapport à l'année précédente, selon des chiffres de pharma.be, la fédération nationale des entreprises biopharmaceutiques.
Les USA restent traditionnellement le premier partenaire commercial du secteur, à qui sont destinées près de 24% des exportations biopharmaceutiques belges.
"Cette part est beaucoup plus élevée que la part des États-Unis dans le total des exportations belges, qui n'est que de 6,8%. Cela signifie également que le secteur biopharmaceutique est très dépendant des États-Unis, et qu'il est l'un des secteurs qui serait le plus durement touché par une interruption de la demande américaine", s'inquiète pharma.be.
D'autant plus que la Belgique est dans le Top 3 des pays européens exportant le plus de produits biopharmaceutiques, en particulier des vaccins vers les États-Unis. Au sein de l'UE, l'Allemagne (10,6%) et l'Italie (8,5%) sont les principaux partenaires commerciaux.
L'emploi recule pour la première fois
Les données sur l'emploi sont un autre facteur qui témoigne d'un renversement de tendance dans ce secteur. L'an passé, l'emploi a diminué de 0,5% pour la première fois depuis plusieurs années, constate encore pharma.be, qui rappelle qu'au cours de la dernière décennie, l'emploi dans le biopharmaceutique a pourtant connu une croissance continue.
La fédération alerte dès lors que c'est une tendance qui peut avoir des implications pour le marché de l'emploi dans le pays. "Car chaque emploi dans le secteur biopharmaceutique est directement et indirectement à l'origine de trois fois plus d'emplois en Belgique, en partie en raison des nombreuses collaborations dans le vaste écosystème", souligne pharma.be.
Ces chiffres préoccupent Caroline Ven, CEO de la fédération: "Il est clair que nous ne sommes plus dans la situation familière du 'business as usual' de ces dernières années, où nous ne voyions que des chiffres de croissance et des évolutions positives en termes d'emploi et d'exportations."
Vers une stratégie forte
Elle plaide pour que la Belgique et l'Europe "repensent leur stratégie". D'autant plus alors que le partenaire commercial américain, sous l'impulsion du nouveau président conservateur Donald Trump, a décidé de frapper le bloc de nouvelles taxes douanières de 20% dès le 9 avril.
Pour autant, pharma.be n'est pas favorable "à des contre-mesures lourdes de la part de l'UE, notamment en imposant des droits de douane sur les produits pharmaceutiques américains, car ces mesures auront un impact négatif sur les soins de santé et, en fin de compte, sur les patients", argumente encore Caroline Ven.
La fédération belge préconise en revanche "une stratégie forte en matière de sciences de la vie" pour renforcer la compétitivité européenne. Il s'agit de valoriser l'innovation, de supprimer les obstacles à ces activités et d'investir davantage sur le marché belge et dans le développement de nouveaux marchés comme l'Asie. "Faute de quoi nous risquons de perdre le secteur biopharmaceutique en tant que bastion de l'industrie manufacturière dans notre pays", avertit la CEO.