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Alors que l'Absym continue son combat contre "les offensives bien orchestrées en cours pour restreindre davantage la liberté autrefois tant louée des médecins pour la remplacer par une médecine d'État centralisée", la Dre Élodie Brunel est une figure montante de l'Absym Wallonie et témoin du rajeunissement du syndicat fondé par André Wynen. Médecin généraliste à Haccourt, près de Liège, Élodie Brunel est une figure bien connue du monde syndical médical. Membre active de l'Absym, elle s'engage depuis plusieurs années dans la défense des conditions de travail des médecins de première ligne, en particulier au sein de la Commission nationale médico-mutualiste ("médico-mut"). Elle a également été vice-présidente de la Société scientifique de médecine générale (SSMG), dont elle reste aujourd'hui une membre engagée. Son parcours est marqué par une double fidélité: à la pratique de terrain et à la représentation professionnelle. Le journal du Médecin: Tout d'abord, êtes-vous plutôt satisfaite du retour du ministre Frank Vandenbroucke aux affaires? Un récent sondage du journal du Médecin montre que l'immense majorité des médecins sont mécontents... Dre Elodie Brunel: En tant que médecins, nous avons finalement peu de prise sur le choix de notre ministre de tutelle... Il y a des aspects positifs: au moins, nous ne repartons pas de zéro. Mais il y a aussi des aspects négatifs: de nombreux dossiers traînent sans se finaliser (réforme de la nomenclature, gardes, groupe de travail sur la réforme du DMG en médecine générale...). Certes, nous avons récemment perçu une volonté d'ouverture au dialogue, notamment lors de la réunion de mars au cabinet du ministre, où une certaine volonté d'accélération s'est manifestée. Mais sur le terrain, le constat reste le même: la pénurie persiste, et les mesures prises ces dernières années n'ont fait qu'entamer l'attractivité de la profession (vaccination déléguée au pharmacien, suppression de la téléconsultation, etc.). Nous espérons donc à la fois une véritable ouverture et une écoute attentive des réalités du terrain. Frank Vandenbroucke a notamment proposé un nouveau système de conventionnement, plus attractif, pour limiter le déconventionnement, en s'inspirant des dentistes (primes, flexibilité tarifaire). Qu'en pensez-vous? Il est difficile d'estimer le pourcentage réel de médecins conventionnés: les chiffres incluent tous les numéros Inami, même ceux qui ne correspondent pas à une activité réelle (on parle de plus de 20.000 généralistes, alors qu'environ 11.000 seulement sont effectivement actifs). L'Absym est favorable à une réforme du système de conventionnement, notamment via une formule plus souple de conventionnement partiel. Concernant la réforme de la nomenclature, une nouvelle échelle de points est envisagée pour les hôpitaux. Que devrait-il en être pour la médecine générale? La nomenclature en médecine générale doit également être revue, en particulier pour valoriser davantage certaines prestations comme la visite à domicile ou la consultation longue. Il faut aussi intégrer les coûts d'infrastructure dans les tarifs. Les hôpitaux reçoivent un financement spécifique pour cela, ce qui n'est pas le cas des cabinets de médecine générale, dont les infrastructures sont financées uniquement par les honoraires. Or, la tendance est au regroupement en centres médicaux, ce qui représente un coût important pour les praticiens et nuit à l'attractivité de la profession. Pour garantir une meilleure accessibilité aux soins, il est indispensable de résoudre cette inéquité. La situation des gardes en médecine générale reste problématique. Quelle est votre position? Les honoraires actuels sont tout simplement insuffisants. Il faut les revoir, en particulier ceux de présence et de disponibilité: à peine 7,85 euros brut/heure en semaine de nuit, et 15 euros brut/heure le week-end! Nous avons activement participé au groupe de travail de la Commission nationale médico-mutualiste sur ce sujet et formulé des propositions concrètes. Une enveloppe d'environ 20 millions d'euros serait nécessaire pour assurer une rémunération décente du médecin de garde. Par ailleurs, le 1733 doit devenir un outil véritablement efficace et contraignant. Le système actuel, dans lequel le patient choisit lui-même son point de contact, est trop coûteux pour la société. C'est une réforme qui ne serait pas populaire, certes, mais elle est indispensable. Le 1733 doit orienter le patient vers le bon endroit au bon moment, selon la gravité du problème. C'est une demande forte, partagée par les généralistes et les urgentistes. Le New Deal proposé par Frank Vandenbroucke en médecine générale n'a pas rencontré le succès escompté. Pourquoi, selon vous? Êtes-vous favorable, personnellement et syndicalement, à ce système à trois volets (actes, forfaits, primes)? Les réticences viennent sans doute de la crainte du changement, de l'incertitude quant à la pérennité du système, du manque de ressources humaines côté francophone (notamment en assistants et infirmiers de pratique), et du coût résiduel pour les cabinets, puisque l'infirmier n'est pas totalement pris en charge. À titre à la fois personnel et syndical, je trouve aberrant de maintenir trois systèmes parallèles. Il faudrait avoir le courage politique d'imposer un modèle unique, efficace et qualitatif. L'intelligence artificielle peut-elle aider à pallier la pénurie de généralistes en allégeant les tâches administratives? Vous sentez-vous menacée par l'émergence de "robots médecins"? Les Chinois viennent de lancer un robot qui court le marathon et un majordome qui fait déjà certaines tâches ménagères... Non, je ne crois pas à ce scénario. Là où l'IA pourrait vraiment apporter une plus-value, c'est au niveau du tri via le 1733, grâce à des algorithmes décisionnels conçus en collaboration entre urgentistes et généralistes. C'est dans ce cadre précis que je vois une application utile. Défendez-vous la téléconsultation? Quels sont, selon vous, ses principaux atouts? Oui, je la défends. Elle fait gagner du temps à tout le monde, améliore l'accessibilité aux soins et réduit l'empreinte écologique, en limitant les déplacements. Elle a donc un réel intérêt, à la fois pour le patient et pour le médecin, généraliste comme spécialiste. Les relations avec les pédiatres, notamment autour de la "petite pédiatrie", vous paraissent-elles apaisées? Et avec les autres spécialités? Je ne perçois pas de tensions particulières. Je suis moi-même médecin responsable de deux crèches pour l'ONE et je pratique beaucoup de pédiatrie dans le cadre de la médecine générale. Je plaide pour une meilleure collaboration, davantage de communication, et un partage plus efficient des soins. On observe une crise des vocations en médecine générale. Comment convaincre les jeunes praticiens de s'engager dans cette spécialité? Cette crise touche surtout les spécialités peu rémunératrices, celles sans actes techniques. Il est donc essentiel d'en améliorer l'attractivité. Si rien n'est fait rapidement, la situation va continuer à se détériorer. Je participe au groupe de travail du Collège de médecine générale sur les mesures à prendre pour lutter contre la pénurie et améliorer la répartition des médecins sur l'ensemble du territoire. Vous êtes engagée à la fois à l'Absym Wallonie et à la SSMG. Envisagez-vous un rapprochement entre la SSMG et un syndicat comme l'AADM l'a fait avec Domus Medica? Quels sont aujourd'hui les grands combats syndicaux et "scientifiques" pour défendre la médecine générale? Non, je tiens à distinguer clairement la formation continue et la défense syndicale. C'est d'ailleurs pour éviter toute confusion que je n'ai pas renouvelé mon mandat de vice-présidente de la SSMG, même si je reste active en son sein. Les grands combats actuels portent sur la revalorisation de la profession, la rémunération des gardes, l'attractivité du métier, la réforme de la nomenclature, et une meilleure reconnaissance du rôle fondamental des généralistes dans le système de soins.